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Répétitions minutes - Ron DeCorte
Caractéristiques techniques - "Répétitions minutes" Ron DeCorte
Montre-bracelet Patek Philippe référence 5207 en platine. Grande Complication avec répétition minutes, quantième perpétuel instantané à guichets et tourbillon
Les répétitions minutes sonnent, à la demande, l’heure à la minute près. Elles sont considérées comme l’un des types de «montres à sonnerie» les plus sophistiqués et ne sont éclipsées dans leur complexité que par les grandes et petites sonneries. La répétition minutes s’allie rarement à d’autres complications, car le raffinement de son mécanisme exige un grand volume à l’intérieur du boîtier. Toute personne ayant eu une répétition minutes au poignet, ou entre les mains, peut attester la magie d’«entendre» le temps sans devoir regarder les aiguilles.
C’est bien connu, la nécessité est mère de l’invention. Les montres à sonnerie ne font pas exception. La lumière électrique telle que nous la connaissons est un confort relativement moderne. Savoir l’heure en pleine nuit n’était pas chose aisée il y a plusieurs siècles. Certes, les horloges étaient équipées de mécanismes de sonnerie pouvant indiquer au passage l’heure la plus proche, voire le quart le plus proche. Mais dormir en compagnie d’une grande horloge sonnant à chaque heure, ou à chaque quart, n’était pas le meilleur garant d’un sommeil réparateur! Il a fallu trouver une manière plus discrète de savoir l’heure, sans avoir besoin d’allumer une chandelle ou une lampe.
Système moderne de timbres
Les premières montres à répétition se contentaient de frapper des coups discrets sur le boîtier et ce bruit sourd ne pouvait être détecté que si l’on tenait la montre dans la main. Les horlogers ont introduit ensuite une petite cloche, généralement fixée à l’intérieur du couvercle arrière, sur laquelle frappait un marteau. Ces premières «montres à carillon» ont tout d’abord indiqué l’heure à la demande, puis également le quart (répétitions à quarts) et le demi-quart le plus proche (répétitions à demi-quarts). Au début du XIXe siècle, A. L. Breguet et ses horlogers ont conçu une montre pouvant sonner les heures, les quarts et les minutes. Au lieu d’une cloche, ils ont introduit un système de «timbres» enroulés dans le boîtier, ce qui a permis de réduire le volume et de sonner différents tons. A la fin du XIXe siècle, le mécanisme de répétition minutes – grandement optimisé – s’est imposé dans sa configuration actuelle.
Les mécanismes de répétitions minutes sont presque toujours placés sous le cadran. Cette construction offre en effet la configuration la plus pratique. Mais elle empêche le plus souvent d’admirer le mécanisme et son fonctionnement – sauf si l’on est horloger ou que l’on a entre les mains une des très rares montres à sonnerie avec cadran transparent. Le spectacle d’une répétition minutes en action peut paraître un peu déroutant au premier regard, avec ses innombrables fonctions se succédant à un rythme rapide. Un mécanisme de répétition minutes comporte plus de 100 composants, qui doivent tous être fabriqués avec des tolérances ultrasévères. Même avec les techniques d’usinage les plus précises, les montres doivent obligatoirement passer entre les mains d’un horloger hautement qualifié, lequel effectuera de nombreux ajustements pour obtenir la bonne sonorité et la bonne cadence de sonnerie.
Les timbres ont remplacé la cloche, qui n’émettait qu’un seul son. Mais ces minces fils métalliques sont délicats à régler et leur ajustage exige une excellente oreille ainsi qu’un très bon doigté. Chaque timbre – il y en a généralement deux dans une répétition minutes – doit être réglé à la main par un horloger expérimenté, de manière à produire le son le plus harmonieux. La puissance de frappe de chaque marteau doit également être réglée individuellement pour éviter de «surmener» les timbres. Une bonne sensibilité tactile ainsi qu’une excellente oreille musicale sont d’importance majeure à cette étape critique de la naissance d’une répétition minutes.
Pour faire résonner les timbres, on a recours à des petits marteaux. Comme elles ont généralement deux timbres, les répétitions minutes possèdent également deux marteaux. Le poids de chaque marteau doit être parfaitement adapté au timbre correspondant. De plus – détail capital – la force du ressort contrôlant chaque marteau doit être exactement proportionnelle au poids du marteau, sans quoi le timbre produira un mauvais son, soit trop faible, soit trop fort. Le réglage des ressorts de marteaux par un maître-horloger joue, lui aussi, un rôle essentiel dans la qualité globale d’une bonne répétition minutes.
Marteaux (en haut à gauche et en bas à droite)
Ecoutez le son de la répétition minutes 5016J
Tout est prêt maintenant pour le grand concert. La répétition minutes frappe d’abord les heures sur le timbre grave, puis les quarts par une alternance de timbres aigu/grave, et enfin les minutes sur le timbre aigu. S’il est, par exemple, 10:52, le mécanisme fait retentir dix coups sur le timbre grave, puis trois alternances aigu/grave pour le troisième quart, suivies par sept coups graves pour les minutes écoulées depuis le dernier quart. Le possesseur de la montre sait ainsi l’heure qu’il est, rien qu’en écoutant son garde-temps. Cette symphonie peut paraître simple, mais le mécanisme qui la rend possible exige de très hautes compétences, à la fois sur le plan manuel et auditif.
Au cœur de toute répétition minutes trône le «limaçon des minutes». Cette pièce comporte quatre parties, dotées chacune de 14 entailles pour régler la sonnerie des minutes. Mais, me direz-vous, 14x4 = 56, où sont les quatre minutes restantes? La réponse est simple. Quatre fois par heure, au tout début de chaque quart, il est inutile de frapper la minute, puisque le décompte ne commence qu’à la première minute complète après le quart. En plus du limaçon des minutes, le «cerveau» des répétitions minutes comporte un «limaçon des quarts», avec 4 entailles réglant la sonnerie des quarts, et un «limaçon des heures», avec 12 entailles, pour celle des heures. Ce sont ces trois limaçons et leurs  «râteaux» respectifs qui donnent leur voix aux répétitions minutes, leur permettant de chanter l’heure à la minute près.
Limaçons des minutes, des quarts et des heures
Il n’existe pas de méthode express pour fabriquer une bonne répétition minutes. La plupart des horlogers considèrent ce mécanisme comme la complication suprême. Tout doit être absolument parfait pour produire le son le plus harmonieux et la sonnerie la mieux cadencée. C’est pourquoi le «chant» de toutes les répétitions minutes produites par Patek Philippe est soigneusement écouté et contrôlé par M. Philippe ou Thierry Stern. Et ce n’est qu’après avoir reçu leur approbation que ces pièces sont enregistrées dans les archives Patek Philippe comme dignes d’être transmises aux générations futures.
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