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Référence 5204 - Ron DeCorte
"Référence 5204" - Ron DeCorte
L’attente peut rendre fébrile, surtout lorsqu’on a déjà une idée de ce qui va arriver. Mais le moment est venu de calmer nos nerfs. Patek Philippe a en effet complété sa collection de chronographes 100% «maison» en lançant un nouveau chronographe à rattrapante et quantième perpétuel avec remontage manuel et embrayage horizontal: la référence 5204P.
Jetons d’abord un coup d’œil au «cœur» de cette montre d’exception. Le calibre CHR 27-70 a pris sa retraite, pour laisser la place au calibre CHR 29-535Q. Avec ses 32 mm de diamètre, ce nouveau mouvement dépasse son prédécesseur de 2 mm, mais il est légèrement plus mince. Le balancier Gyromax® oscille maintenant à 4 Hz, contre 2,5 Hz, et le chronographe est désormais doté d’un compteur des minutes instantané.
Les chronographes à rattrapante possèdent deux aiguilles des secondes remplissant des fonctions différentes. En temps normal, ces deux aiguilles sont parfaitement superposées. Lorsqu’on appuie sur le poussoir de rattrapante, l’aiguille de rattrapante s’arrête instantanément pour mesurer un temps intermédiaire. Lorsqu’on actionne à nouveau ce même poussoir, l’aiguille de rattrapante «rattrape» en un clin d’œil l’aiguille de chronographe et les deux aiguilles poursuivent leur course d’un même élan. Ce processus sophistiqué nécessite une came en forme de cœur, un levier de rattrapante et un galet roulant sur la circonférence du cœur. Dans le nouveau calibre CHR 29-535Q, Patek Philippe a revisité ces fonctions essentielles en introduisant deux innovations décisives.
Venons-en au fait. La «pieuvre», telle qu’on l’appelle affectueusement, a disparu. A quoi sert-elle ordinairement et pourquoi l’avoir supprimée? Cette pièce à huit «tentacules» fait partie du système permettant d’isoler les deux aiguilles (chronographe et rattrapante) quand l’aiguille de rattrapante est stoppée pour mesurer un temps intermédiaire. Elle réduit grandement la friction – irrégulière – pendant la phase où le levier de rattrapante suit le contour du cœur. D’où les problèmes rencontrés par la plupart des chronographes à rattrapante non équipés de système d’isolateur. Supprimer la pieuvre est une avancée bienvenue. Cette pièce de construction complexe est en effet difficile à régler par les horlogers.
Voici donc le nouveau système d’isolateur en col de cygne. Au lieu de huit bras exigeant chacun un réglage individuel, ce mécanisme ne possède qu’un bras et un ressort. Il se présente en fait comme un embrayage horizontal. La roue d’isolation (A) tourne en parfaite synchronisation avec l’aiguille de rattrapante. Lorsqu’on active la rattrapante, il se passe deux choses. L’aiguille de rattrapante est stoppée instantanément par les deux pinces (B); dans le même temps, le bec de l’isolateur (C) actionne la roue d’isolation (A) en la faisant avancer d’environ 30°, ce qui a pour effet de désengager le levier de rattrapante (D). Les aiguilles de chronographe et de rattrapante sont ainsi totalement isolées l’une de l’autre. Il est impératif que ces deux opérations se passent en parfaite harmonie, sinon le fonctionnement de la rattrapante manquera de précision.
Lorsqu’on libère l’aiguille de rattrapante pour qu’elle rejoigne celle de chronographe, il faut d’abord désactiver l’isolateur. La roue d’isolation (A) relâche son emprise sur le levier de rattrapante (D) et les deux pinces (B) libèrent l’aiguille de rattrapante. Le levier de rattrapante doit ensuite faire revenir l’aiguille de rattrapante à sa position neutre (alignée avec celle du chronographe), comme le montre le détail (E).
Le réalignement précis de l’aiguille de rattrapante sur celle de chronographe a toujours représenté un problème délicat. Le cœur de rattrapante, le levier et le galet doivent conserver des dimensions très réduites, surtout dans une montre-bracelet. Les éventuels déphasages entre les deux aiguilles sont traditionnellement dissimulés par l’utilisation d’une aiguille de rattrapante légèrement plus étroite que celle de chronographe.
Pour supprimer tout défaut d’alignement, Patek Philippe a préféré redessiner complètement le cœur et le levier de rattrapante. Le cœur présente désormais des épaules plus larges et l’extrémité du levier est dotée de deux surfaces d’appui entièrement inédites. Le système fait toujours appel à un galet roulant sur le cœur jusqu’à la position neutre. Mais ce galet n’est plus le seul responsable de la parfaite superposition des aiguilles. Les deux surfaces planes du levier viennent également se poser sur les deux épaules du cœur afin de garantir un excellent verrouillage des deux aiguilles en tout temps.
La question du retour à zéro est liée à celle du réalignement des aiguilles. Pour garantir des mesures ultraprécises, tous les affichages (aiguilles) d’un chronographe doivent pouvoir commencer leur course à une marque zéro. Ce processus de «réinitialisation» a toujours représenté un défi, pour les horlogers comme pour les utilisateurs. Patek Philippe a trouvé la réponse optimale – avec un système de marteaux pivotants ramenant le chronographe à zéro en conjonction avec leurs cœurs respectifs.
Ces deux marteaux sont traditionnellement fabriqués en une seule pièce en acier. Cette technique de construction a toujours posé un problème. Si l’un des marteaux appuie un peu trop lourdement sur son cœur, l’autre exercera une pression trop légère sur le sien – ce qui peut entraîner un défaut d’alignement avec les marques zéro. Patek Philippe a résolu la question en imaginant des marteaux articulés agissant de concert jusqu’au dernier moment. Ces marteaux fonctionnent un peu comme vos jambes. Jointes aux hanches, elles travaillent à l’unisson, jusqu’à ce que vous rencontriez une surface inégale, comme un escalier. Elles peuvent alors bouger indépendamment, en accordant leurs mouvements respectifs.
 
Concevoir un nouveau mouvement compliqué mariant tradition et innovation n’est pas chose aisée. Fruit de plusieurs années de développement, la référence 5204P Patek Philippe est un exemple classique de sobriété et de discrétion, cachant ses avancées techniques dans un élégant boîtier en platine.